Répandre la peur et la confusion au moyen d’études biaisées sur le Formaldéhyde

Article original de Clive Bates ici: http://www.clivebates.com/?p=2706

 

Formaldéhyde présent dans la vapeur de cigarette électronique : questions et préoccupations

21 Janvier 2014

Publication originale : http://www.clivebates.com/?p=2706

Cher Dr Peyton, Dr Pankow,

Je vous écris à propos de votre lettre, qui sera publiée dans le « New England Journal of Medecine », sous embargo jusqu’au 21 Janvier 2015 17heures EST.

Etant donné l’importance du risque de confusion et de peurs que vos conclusions et vos calculs de « risque de cancers » pourraient produire chez les fumeurs et les utilisateurs de cigarette électronique, je vous serais reconnaissant de clarifier les points suivants :

1. Quelles mesures ont été prises afin de s’assurer que la « machine à fumer » a été paramétrée pour simuler une utilisation (et une exposition aux produits) humaine normale ? Votre lettre ne donne aucune indication sur le fait que le paramétrage des bouffées utilisées lors des expériences sont réalistes et reflètent une utilisation normale de la cigarette électronique par un humain. Les niveaux de formaldéhyde détectés suggèrent par contre une utilisation très anormale.

2. Quelles précautions (s’il y en a eu) ont été prises pour éviter de mesurer et d’inclure dans les résultats de l’étude les « tirages à vide » (c’est à dire des bouffées effectuées avec un voltage et une intensité tels que la température de la résistance devient extrêmement élevée, produisant une vapeur d’un goût tellement âcre et désagréable qu’aucun utilisateur humain n’utiliserait l’appareil de cette façon ) ? On s’attend effectivement à trouver de hauts niveaux de formaldéhyde dans ces conditions spécifiques, mais aucun humain ne pourrait y être exposé, puisque les humains ont des sens que les machines n’ont pas.

3. Lorsque vous parlez de risques de cancers, quelles certitudes avez-vous que le réglage de l’intensité des bouffées utilisé lors de vos expériences représente correctement le comportement d’un utilisateur humain de cigarette électronique et donc, permet de déduire un risque de cancer chez l’homme ? Il existe un danger que la publication telle quelle de vos résultats passe pour démontrer un danger lié à la cigarette électronique, alors que le danger viendrait de votre utilisation (qui semble être extrême) du matériel. Vos conclusions ne sont appropriées que dans le cas où l’utilisation est réaliste. Cependant, vous ne clarifiez nulle part la façon dont vous vous êtes assurés que ce serait le cas, et il n’y a pas de mise en garde relative à cette omission sérieuse.

4. Dans le calcul des risques de cancer, vous présumez que « inhaler des agents qui libèrent du formaldéhyde produit le même risque que d’inhaler la même quantité de formaldéhyde sous forme gazeuse ». Pouvez-vous fournir un lien vers une étude ou une publication démontrant cette affirmation, étant donné que les conclusions qui feront les gros titres de la presse sont entièrement fondées là-dessus ? Comme vous le savez certainement, des conservateurs libérant du formaldéhyde sont utilisés dans de nombreuses préparations comme alternative au formaldéhyde, pour des raisons de sécurité.

5. Votre lettre prétend que les risques cumulés de cancers liés à l’utilisation à long terme de la cigarette électronique « sont 5 à…15 fois plus élevés que les risques cumulés liés à l’utilisation à long terme de la cigarette ». Pouvez-vous clarifier que cette comparaison ne vaut que pour les risques liés, dans le tabagisme, au formaldéhyde ? Afin d’éviter que les lecteurs n’aient l’impression fausse que l’utilisation prolongée de la cigarette électronique puisse être de 5 à 15 fois plus dangereuse que l’utilisation à long terme de tabac, pourriez-vous contextualiser votre conclusion ? Par exemple, en indiquant quel pourcentage du risque de cancer chez le fumeur est produit par la formaldéhyde ? Je pense qu’il s’agit d’une proportion minime du nombre total de cancers dus au tabac, et il aurait été prudent d’en informer vos lecteurs. Le formaldéhyde n’est en aucun cas la substance la plus cancérigène dans la fumée de tabac, et n’est qu’une substance parmi beaucoup d’autres. La « Lettre du Chirurgien Général  de 2010, chapitre 5 », fournit des informations utiles, mais ne va pas aussi loin que vous, lorsque vous attribuez à un élément isolé un risque de cancer. Cette lettre nous rappelle aussi que « les aldéhydes comme le formaldéhyde et l’acetaldéhyde sont largement présents dans l’environnement naturel et sont des métabolites présentes dans le sang humain ».

Il est donc possible que le calcul des risques de cancers liés au formaldéhyde soient plus complexes que ce que votre modèle simpliste propose.

Pour être plus clair, je crains que :

  • Cette étude utilise un «réglage d’intensité des bouffées » irréaliste de façon à créer les conditions des formation du formaldéhyde, conditions qu’une utilisation normale par un humain n’atteindrait jamais.

  • Cette étude utilise les résultats obtenus par cette utilisation irréaliste des cigarettes électroniques pour démontrer, au moyen d’un calcul simpliste, un risque de cancer.

  • Ce risque artificiel et contrefait de cancer ne soit comparé à tort avec les vrais risques liés au tabagisme.

  • La conclusion que la cigarette électronique présente un risque incrémental de 5 à 15 fois plus élevé que le tabagisme soit représenté hors contexte, prêtant à croire que la vape est plus dangereuse que le tabac. Ce ne serait pas la première fois que des rapports inexacts ou trompeurs représenteraient la présence de formaldéhyde dans la vapeur de cigarette électronique  de cette façon.

  • Cette étude pourrait reproduire les résultats trompeurs sur les cigarettes « light » en utilisant des réglages de la « machine à fumer » qui ne correspondent pas à la réalité. La différence étant qu’au lieu de minimiser la dangerosité d’un produit, elle minimiserait l’innocuité d’un produit, mais avec toujours autant d’effets dommageables sur la santé publique.

De nombreux fumeurs ont l’occasion de passer du tabac à la cigarette électronique, et de diminuer le risque incrémental de maladies de 95 à 99%. Cependant, des études comme celles-ci, et les articles qui ne manqueront pas d’en faire part, persuadent graduellement les fumeurs que la vape est beaucoup plus dangereuse qu’elle ne l’est en réalité, et qu’il peuvent tout autant continuer à fumer. Une étude, publiée en 2014, a conclu :

En 2010, 84,7% des fumeurs étudiés considéraient la cigarette électronique comme moins dangereuse que le tabac, mais en 2013, ce nombre est descendu à 65%[Lien]

C’est une tendance qui devrait couvrir de honte les acteurs de la santé publique et les chercheurs qui, au moyen d ‘études biaisées qui déforment les risques, renforcent les malentendus dont sont victimes les consommateurs.

J’espère que vous prendrez grand soin de vous assurer que vos résultats soient présentés dans leur contexte, avec les avertissements nécessaires afin que ces résultats reflètent la réalité de l’exposition humaine à la vapeur, et afin que les résultats de vos calcule de risques de cancers aient un sens.

Bien à vous

Clive Bates
Counterfactual
London / Harare
www.clivebates.com

[No competing interests]

4 réflexions au sujet de « Répandre la peur et la confusion au moyen d’études biaisées sur le Formaldéhyde »

  1. Merci pour votre traduction. De façon rassurante, beaucoup de personnes sont conscientes aujourd’hui de la présence des lobbys dans de nombreuses études, aussi bien privées, que parfois universitaires.

    Cependant, la médiatisation d’articles tels que publiés par Peyton & Pankow, avec tous les biais qu’ils comportent et que vous éclairez bien, forgent l’inconscient de chacun.

    Et la tendance à la baisse de l’image de l’e-cigarette (mentionnée en fin d’article) montre le succès du lobby cigarettier, qui gagnera à ce que des millions de personnes restent finalement à la cigarette papier.

    La santé des populations ne vaut rien face au commerce que l’industrie peut réaliser.

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